David Supper Magnou

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Communiqué de presse - La Transversale
Exposition : Pelouse interdite
Camille Cathudal et David Supper Magnou
Communiqué de presse Pelouse interdite
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Composite

 

Exposition du 13 janvier au 14 février 2018, Galerie Marcel Duchamp de l'École Municipale des Beaux-Arts de Châteauroux.

 

    David Magnou manifeste très tôt un intérêt pour le bois et s'oriente dans un premier temps vers un parcours professionnel de menuiserie. Il intègre ensuite l'école des Beaux- Arts de Bourges où il obtient son diplôme en 2012, pour mettre ce savoir-faire technique au service d'une démarche artistique, qui interroge notre rapport à l'environnement naturel. Ainsi, pour la biennale de Saint-Flour en 2016, il réalise un abri en bois au sommet d'une colline, autant pour offrir un point de vue sur l'environnement, que pour questionner au sein d'une œuvre interactive avec le public, l'usage que nous en faisons.

 

    Invité en résidence par l'EMBAC, il présente aujourd'hui dans la galerie de l'école une exposition intitulée composite, où l'on retrouve le thème de l'habitat précaire avec l'installation « Wood cube », située non plus dans un milieu naturel mais dans un environnement graphique.

Le « Wood cube » fonctionne comme l'envers du « White cube ». Il révèle l'univers de l'artiste, ses carnets de croquis et recherches en jouant le rôle intimiste du cabinet de dessin. Tandis que les dessins répartis autour du « Wood cube » offrent une perspective au regard qui ouvre sur un espace composite. Il s'organise autour de séquences visuelles croquées sur le vif, prélevées dans des documentaires et autres références multiples, pour créer un effet de migration entre les formes.

 

    Le dessin est un espace de représentation qui permet à l'artiste d'habiter le monde. Il lui ouvre un espace de projection pour créer des objets qui seront d'abord imaginés avant d'être réalisés en trois dimensions. De même que dans un mouvement d'intériorisation il se réapproprie ces mêmes éléments une fois réalisés pour les transposer dans d'autres dessins avec d'autres objets. Un peu comme si le dessin devenait lui-même un espace à habiter.

 

    La notion de lieu habité se manifeste dans le dessin « Fragment». L'artiste représente un carottage de l'école (extraction d'un fragment d'architecture) dans lequel il glisse des références propres à son histoire, dont des œuvres de Marcel-Duchamp « Fontaine » et « La roue de bicyclette », comme si elles étaient imbriquées au bâti.

 

    Cette traversée dans l'univers graphique de l'artiste exprime son intérêt pour les formes de vies où se manifestent les échanges et la transmission de savoir entre les humains.

 

      Nathalie Sécardin, Directrice de l'École Municipale des Beaux-Arts de Châteauroux.

 

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Exotique ? Vous avez dit exotique !

 

     David Magnou s'exprime dans la relation corps et espace, dans la tension de ce qui peut être bâti par et pour le corps. Ici, à Saint-Flour, le corps est au centre. Le corps est en défensive mais aussi à l'attaque de l'éperon Sanflorain. Élévation est un ensemble de deux pièces - Hourd et Hérisson tchèque 1 & 2 qui évoque les possibilités défensives. David Magnou ne choisit pas entre le corps assaillant et assailli. Le corps est évoqué dans ses dimensions performatives. La narration appartient au spectateur. Dans la cathédrale de Saint-Flour, il active une photographie qui rend compte d'une performance qu'il réalisa dans la cathédrale Saint-Étienne de Bourges en juin 2012. La photographie montre un corps en contre-jour, celui de l'artiste. Divin rappel alloue toute sa relation à l'espace sculptural [...]1.

 

      Christian Garcelon, Directeur artistique de la biennale d'art contemporain Chemin d'art.

 

Extrait du magazine de la biennale d'art contemporain Chemin d'art de Saint-Flour. Juillet 2016

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L’homme du bois

 

«  J’ai grandi dans les forêts Haut-Marnaises, à observer la nature, la faune, à rêver, à construire des cabanes… »1.

 

«  Pourtant, les mouvements marginaux d’aujourd'hui représentent peut-être les solutions du futur… La seule solution reste celle des petits groupes »2.

 

      Pour David Magnou, le bois est un matériau privilégié, mais aussi le vecteur d’une démarche artistique, fondée sur une poétique de l’espace habité. Si l’usage de ce médium n’est pas exclusif dans sa pratique, il en constitue souvent l’élément principal. Depuis son cursus d’études supérieures en art3, entrepris après une formation en menuiserie et en construction, puis en communication visuelle, les projets artistiques de David Magnou engagent une exploration technique des matériaux et se développent selon trois modalités convergentes et complémentaires : l’investigation in-situ de l’espace, la coprésence de l’artiste et du public et la place accordée à l’habitat et au lieu de vie. 

  

      Dans les projets de David Magnou, l’habitacle (la cabane) est une thématique centrale, pouvant faire écho aux projets d’artistes « constructeurs », de Tadashi Kawamata à Cédric Bomford. Comme ces prédécesseurs David Magnou propose des habitats non permanents, des lieux d’expérimentation dans lesquels les conditions de vie restent à établir. Pour autant, ces micro-architectures s’affirment davantage comme des lieux de vie que comme des espaces publics à usage spécifique. Dans ses œuvres, l’artiste fait en effet l’expérience de l’espace qu’il construit « sur mesure », par rapport à sa propre échelle, puis, en lien avec celle du site investi. «Je ne fais pas trop de distinction entre un architecte, un artiste et un sculpteur» explique David Magnou qui se réfère plus volontiers aux formes d’habitations expérimentales d’Hans Walter Muller qu’aux pratiques actuelles de la sculpture monumentale. 

 

      Pour la Biennale d’art contemporain de Saint-Flour, David Magnou propose un nouvel espace de réflexion, un nouveau point de vue de la terrasse des roches, derrière l’office de tourisme, en y installant un hourd4. La fragilité d’une telle construction questionne la pérennité et la stabilité de l’édifice monumental. Contrairement aux pierres qui résistent, le bois est le témoin de ce qui a disparu. La fragilité de l’habitacle s’oppose à la durée de l’architecture et du bâti traditionnel. Malgré cette dimension éphémère de la structure, la proposition artistique de David Magnou intègre plusieurs moments qui se répondent et se développent de façon concomitante : la conception, perceptible dans les dessins, la construction, visible et rendue publique, l’exposition, qui inclue la présence de l’artiste-habitant et enfin la médiation avec le public qui instaure une dynamique d’échange, des premiers contacts jusqu’aux ateliers de pratique que l’artiste met en oeuvre. 

 

      Ainsi, le projet artistique s’élargi et s’ouvre à des situations et des expériences réelles d’interaction et de participation, mais intègre également le processus de recherche dont les dessins sont les vecteurs, témoins d’une volonté de se projeter dans un futur proche et vers « une utopie réalisable »5.

 

       Antoine Réguillon, Directeur de L’École nationale supérieure d’art de Bourges.

 

       Mai 2016. 

 

1 David Magnou, texte introductif à la biographie du site : https://www.davidmagnou.fr/biographie-biography/.

2 Yona Friedman, préface à Utopies réalistes, Éclats, 2000.

3 David Magnou est diplômé de l’ENSA Bourges. 

4 Hourd : Echafaud ferme de planche, appliqué à l’architecture militaire. Ouvrage en bois, dressé au sommet des courtines.

5 Yona Friedman, Utopies réalisables, l’Éclat, 2000. 

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David Magnou : faire avec de l’espace, du risque, de l’art

 

      « Faire avec de l’espace » et non seulement « dans » l’espace est une formulation empruntée au géographe Mathis Stock, qui relie habitat contemporain et mobilité des individus. Une sorte de spéciale dédicace à David Magnou, impliqué dans un rapport très physique aux espaces comme performeur et sculpteur et qui s’est un temps intéressé aux habitats précaires et nomades. Le texte s’attache à la présentation d’un travail, « Divin rappel » – la partie pour le tout – et commence par un extrait de correspondance entre l’artiste et l’auteur.

 

      « Il est 00h00, je me trouve au flanc Nord de la cathédrale, dans l’obscurité, précisément au pied de la palissade en bois qui protège l’accès à l’échafaudage qui structure le faux toit installé en avril 2010 pour protéger les ouvriers qui procèdent à la réfection de la toiture. Je peux commencer à installer les prises d’escalade que j’ai placées autour de mon baudrier à l’aide de petites cordelettes de chanvre, ainsi elles me sont à portée de mains ». Le plan Divin rappel consistait pour l’artiste à s’introduire par les combles dans la cathédrale Saint-Etienne de Bourges une nuit de juin 2012 pour descendre en rappel le long d’un pilier de la nef centrale. Nulle trace du passage sur le site, si ce n’est une signature dans la poussière, un croquis improvisé dans le recueil de prières. Absolue nécessité et plaisir -divin- de David Magnou à la mise en oeuvre et au passage à l’acte de situations à la limite (de l’intégrité physique, de la légalité voire de la moralité pour qui s’offusquerait de ce rappel areligieux)… et néanmoins maîtrisées (tout l’art de la grimpe – et non pas de la chute). Si les artistes Abraham Poincheval, Laurent Tixador (l’aventure, c’est l’atelier), Neal Beggs et Dan Shipsides (la pratique de l’escalade comme figure physique et métaphorique de l’exercice de l’art) ne sont pas loin… Le voyageur contemplant une mer de nuages (Caspar David Friedrich, 1818) non plus. Dans une version contemporaine : romantique iconoclaste.

 

      Si l’emprise sur le réel passe pour David Magnou par des prises de risque, un corps à corps avec les espaces qu’il se choisit d’explorer, d’habiter – habiter comme être présent au monde -, si le geste premier de David Magnou, descendre en rappel une masse dressée par-delà les siècles (ici une cathédrale, ailleurs une montagne ?) déclenche le travail, l’oeuvre est ailleurs, dans l’acte mis en scène. Ainsi, une photographie unique, prise par un complice de David Magnou, Maxime Thoreau instant t, cadrage et lumière prédéterminés par l’artiste (on devine D.M., minuscule silhouette noire en suspension, spéléologue comme grimpeur).

 

      Exposé, Divin rappel est une installation, affichant l’ambition sculpturale de David Magnou. L’espace physique de l’oeuvre est en premier lieu déterminé par l’implantation de palissades de bois ancien en chêne massif provenant de l’ancienne toiture de la cathédrale. Et si le faisceau d’indices volontairement mis en place par l’artiste, attentif aux interrelations avec un spectateur informé ouvre sur une compréhension de son projet, Divin rappel est avant tout une formidable matière à fiction.

 

      (N’est-ce pas l’homme araignée que l’on aperçoit ?).

 

      Cécile Poblon, Directrice artistique du BBB centre d’art, Toulouse.

 

      Catalogue de l’exposition Première, 18 ème édition : Publié en Janvier 2013.

 

Voir les photographies de la performance